Je cherchais une idée pour le mot du mois d'Angelita.
DOUCHE/BAIN
Et, ce texte m'est revenu à l'esprit.
Un peu remanié pour l'occasion.
(Je précise que les pudiques doivent s'abstenir de cette lecture)
Photo de Willy Ronis
LA SALLE DE BAIN
Je me souviens très bien de ce fameux week-end. Paul nous avait proposé une escapade dans
Les jours passent et tourbillonnent ! Marie se persuade que l’irascibilité qui l’a accompagnée toute cette semaine n’a aucun lien avec son empressement à fuir la grisaille lyonnaise ! Non, aucun lien avec ce bouillonnement intérieur si surprenant. Elle n’a eu qu’un seul objectif : tenir jusqu’à la fin de la semaine sans exploser! Et nous la retrouvons maintenant partie au volant de sa voiture rouge désir. La petite palpitation qu’elle ressent au cœur n’a rien à voir avec sa peur de la vitesse. Elle le sait bien, elle en profite. Non, cette fois son pied appuie sur la pédale sans hésitation ni inquiétude. Elle roule les cheveux au vent ! Un sentiment de liberté l’envahit délicieusement. Ça fait comme des frissons dans tout le corps. C’est bon.
Cette après-midi, avant qu’elle n’arrive les cheveux en bataille, c’est lui qui a préparé son lit avec application. Le lit pour Marie ! Il a choisi les draps, une parure blanche aux broderies vieillissantes, la seule qui soit acceptable, la seule qui ne soit pas totalement désuète. C’est lui qui a lissé les draps du plat de la main. Hum… Elle s’y glisserait ce soir. Il a pensé au velouté de sa peau, à la rondeur de ses fesses rebondies, à ses petits seins qui tiendraient si bien dans ses mains! Il s’est assis un moment sur la blancheur immaculée du tissu. Il a vu son corps nu de Madone s’offrir avec volupté. Il n’aura pas à parler cette fois-là, en quelques regards le désir les aura réunis. Si c’était vrai… Il a alors senti une petite érection intempestive et une culpabilité suffocante l’a envahi. Alors les lèvres serrées, il s’est relevé précipitamment. Il a pensé qu’elle ne dormirait pas dans ce lit trop étroit, que tout ce soin était futilité pour préserver les apparences, qu’ils seraient l’un contre l’autre furieusement unis dans l’autre lit, le grand, le sien, le leur. Il s’est lancé un défi. Pour une fois il aurait le geste courageux et la parole impertinente ! Alors, sûr de son fait, il a aussitôt changé les draps du grand lit. Ce soir, il sera vaillant. Grand seigneur, il déclarera sa flamme !
Finalement, la première nuit est chaste ou presque. Il est tard. Ils s’installent dans cette chambre commune et les deux tourtereaux en herbe pépient chacun sur son nid. Marie caresse les broderies, Paul imagine leur corps sous les draps du grand lit. La proximité amicale libère d’une pudeur trop contenue et offre au regard quelques points de vue affriolants. Qui fera le premier pas ? Paul a du mal à éviter les coups d’œil vers les cuisses dénudées de la belle dame assise moelleusement sur le petit lit ! Puis elle ne cesse de gigoter négligemment et un bout de sa culotte est apparu ! Le fait-elle sciemment ? Il doute, hésite, se questionne. Que penser ? Que faire ? Il ferait si bon de poser la main sur cette jambe et laisser courir à l’envie les doigts explorateurs ! Il est tard. La discussion s’étire. Elle est exténuée, dit-elle. Le travail, la semaine, les soucis, la solitude, le sommeil difficile, la route jusqu’ici… Ses yeux de biche papillonnent, sa bouche baille, est-ce de l’ennui ? Paul s’est épuisé en palabres et les silences se sont prolongés laissant place aux songes, aux rêveries, aux fantasmes. Elle veut dormir, dit-elle. La lumière s’éteint. Bonsoir. Bien sûr à force d’hésiter chacun s’en retourne à son quant-à-soi. Paul , esseulé en ce grand lit, bande à n’en plus pouvoir alors que Marie, vitement, s’endort à poings fermés !
Avec les filles, les choses ne se passent jamais comme il veut ! Elle dort belle et bien dans le petit lit et lui se perd en conjectures dans l’immense. Solitaire il repense à sa main. Et sa main imagine, imagine qu’elle a des ailes, qu’elle se glisse sous le drap du petit lit, qu'elle lisse encore, encore et encore les plis irréguliers de l’étoffe et suit les dessins de la broderie ancienne. Comme cette après-midi. Puis involontairement (oh !) cette main effrontée, audacieuse, héroïque touche du bout du doigt le genou replié de la belle endormie. Et posés l’un sur l’autre, les genoux immobiles se laissent effleurer, caresser, dorloter, contourner, chatouiller, bichonner. La main suspend ses douceurs et patiente, à l’écoute des frémissements de la chair. Le souffle régulier ne fait aucun doute, Blanche-Marie ne souffre d’aucune torture charnelle ! Alors la main imaginaire se fait impertinente et remonte doucement le creux formé par les cuisses jusqu’à la toison brune de la belle. Sa main tremble de désir. Un peu apeurée aussi. Elle se perd dans la broussaille puis caresse enfin les fesses entrevues tout à l’heure et tant désirées. Quelle extase !
N’y tenant plus, d’une autre main celle-là bien réelle, Paul s’attrape le manche et s’asticote avec désolation. Il pourrait oser, se lever, la rejoindre, il pourrait doucement lui câliner la nuque, il pourrait l’éveiller tendrement et lui susurrer sensuellement son désir… Il pourrait. Mais il demeure sous ses draps blancs. Il s’applique à apaiser avec discrétion la tension explosive que ces caresses imaginaires ont éveillée. La balade imaginaire de cette main aventureuse a exalté sa flamme qu’il est seul maintenant à pouvoir éteindre. Solitaire en son lit trop grand. Il s’interroge encore une fois, hésite à savoir comment l’entreprendre quand dans son sommeil elle émet un souffle de contentement. Comme si malgré Morphée elle avait senti ce désir intense, comme s’il l’avait rejoint dans ses songes, comme si la jouissance l’avait tout naturellement submergée, elle aussi. Ce gémissement est pour lui. A l’évidence. Il n’ose plus rien tenter, il est contenté. D’une main experte de son propre plaisir, il s'empoigne fermement et définitivement et reprend avec délectation ses va-et-vient cotonneux. Comme l’imagination apaise ! Alchimie du fantasme, sa respiration s’accélère, il croit l’entendre jouir. C’en est trop, il ne peut plus rien retenir, c’est l’explosion, l’extase, le bonheur en ses draps blancs !
Finalement… Cette première nuit campagnarde peuplée de fantasmes ne fut pas sans conséquences. Paul dormit peu et réfléchit beaucoup. Au réveil, Marie est fraîche comme la rosée, toute disposée à succomber. La journée passe « comme si », comme ça, comme s’ils étaient de vieux amis. Les corps se croisent, les mains se frôlent, les gestes s’accélèrent, les regards laissent espérer, bref le cœur y est ! Étrangement, la nuit suivante, les conditions de couchage sont réévaluées. Ces chers amis jouent le rapprochement des chairs et pépient maintenant dans le même nid. Et Marie de dire encore aujourd’hui qu’elle ignorait où cela la mènerait !
- « J’avais gardé ma culotte ! » ajoute-t-elle innocemment.
Paul, toujours respectueux (ou tortueux) ne lèvera pas encore la soutane. Encore bandant comme un diable, il en ferait bien son quatre heures. Car la promiscuité des corps attise les attraits, irradie quelques brindilles de désirs, enflamme l’un et l’autre. Quelques caresses sont esquissées, quoique légères et retenues… Elle si proche, si pure, si douce. D’une main tendue, il lui donnerait l’absolution. L’homme tient une bonne trique mais retient ses élans. Il a bien glissé ses doigts vers les seins de la « sainte » mais ceux-là, comme la veille, se sont pieusement endormis. Pour tout dire, comme une sombre inquiétude a tétanisé
Se refusant à franchir la frêle barrière de sommeil dressée par la dame, Paul se soumet au diktat. La nuit sera un supplice. Elle si proche et si lointaine en même temps. Cette nuit, sa main pourrait vaillamment se glisser et véritablement savourer la douceur de ses fesses… Et Paul a déjà une douce chaleur qui lui parcourt l’échine… Non, Paul soupire. C’était mieux hier ! Ce soir, il n’osera pas se la toucher. Si elle s’éveillait alors qu’il se frotte la pine tout près d’elle ! De quoi aurait-il l’air ? Non, il va la laisser seule dans ce grand lit ! Ce soir il va se glisser dans les draps blancs aux broderies ancestrales. Sans bruit, il abandonne l’ingrate, la glaciale, l’intouchable Marie. Il va se mettre dans le petit lit. Comme hier, il va imaginer. Il faudra qu’il fasse ça plus finement qu’hier. Le petit lit va grincer.
Dernière journée. C’est le matin. Coup de fil inattendu. Hélas (ou tant mieux !) des amis doivent passer la journée en leur agréable compagnie. Ayant quelque éducation, il sait combien il sera délicat d’entreprendre sa rebelle en public et doit donc conclure avant l’arrivée des intrus. Crainte de se retrouver le bec dans l’eau, c’est en pleine salle de bain que les dès seront jetés. Marie s’est isolée et s’occupe à faire sa toilette. En une pudibonderie feinte et d’apparat, elle laisse malencontreusement la porte des bains ouverte. Paul, comprenant son bonheur, retrouve ses ardeurs, oublie sa pudeur, pénètre avec fureur et accomplie son labeur.
Enfin.
Ah…. La bonne heure !
Et vous... la salle de bain...
ça vous fait du bien???


Dis donc, quelle belle histoire...ce pauvre Paul a du etre bien patient pour finalement accomplir son labeur, comme tu dis...
RépondreSupprimertrès chaud, et bien narrés ces instants...
bise Chrys, passe une bonne journée...
Magnifique texte
RépondreSupprimerEt commencer sa journée dans un bain d'érotisme n'est pas pour me déplaire ! Joli texte, vraiment !
RépondreSupprimerDu coup, parler de timbres... ce sera pour une autre fois ;)
Et comment, ce weekend j'étais chez mes beaux parents et je peux te dire que j'ai bien profité de leur baignoire ;)
RépondreSupprimerJ'aurais dû lire ton texte ce soir... Mon après midi va être très long maintenant !
RépondreSupprimerTrès joli texte !
J' adore ce genre de texte, et tu l'as superbement ecrit. j' ai chaud tout a coup, on se demande pourquoi hein ? Tu as un reel talent. Allez je m' en vais le relire tiens !!!
RépondreSupprimertu as écris tout ça toute seule????? pour de vrai????? c'est vachement bien!!!!!!
RépondreSupprimerchapeau bas m'dame! ;)
C'est le seul moment où je peux vraiment me détente.
RépondreSupprimerWoooow! Bravo !! Génial, magnifique !!
RépondreSupprimer(PS : il y a une "suite" au conte cruel...)
Tu devrais nous en écrire plus souvent !!!! je ne te savais pas si talentueuse et coquine !
RépondreSupprimerC'est un de mes billets préférés avec celui sur les arbres !
@ Pierrot: Il est épatant n'est-ce pas ce garçon qui patiente!!!
RépondreSupprimer@ Angelita: merci
@ Ötli: merci je suis touchée!
@ Faustine: et tu as bien raison!
@ Pétula: long mais l'imagination parfois suffit!!!
@ Zaza: merci beaucoup!!!
@ lauvergnate: oui oui comme une grande!
@ libelul: héhé!!!
@ La femme coupée en 2: merci!
@ Océane: merci, cela me fait très plaisir!
Whouahou ! Je suis sur le cul ! Tu écris super bien !
RépondreSupprimerENCORE !!!!!!